En bref : Le TIC (Télé-Information Client) est une sortie de données présente sur tous les compteurs Linky, qui transmet en temps réel la puissance consommée par votre logement. Relié à une borne de recharge compatible, il permet un délestage dynamique : la borne module automatiquement son intensité entre 6 et 32 A pour ne jamais faire disjoncter l'installation. Comptez 90 à 250 € pour un module TIC, une dépense qui évite souvent une augmentation de puissance souscrite facturée 40 à 90 € par an à vie.
Le TIC du Linky : une mine de données gratuite et méconnue
Plus de 37 millions de compteurs Linky sont installés en France, soit environ 95 % des points de livraison résidentiels. Presque tous disposent d'une fonction que la quasi-totalité des foyers ignore : la sortie TIC, pour Télé-Information Client.
Concrètement, il s'agit de deux bornes à vis situées sous le capot amovible du compteur, repérées I1 et I2. Elles diffusent en continu une trame de données décrivant l'état électrique de votre logement, sans aucun abonnement ni frais de la part d'Enedis.
Ces informations sont émises toutes les 1 à 2 secondes selon le mode de fonctionnement. Elles contiennent notamment :
- la puissance apparente instantanée soutirée du réseau (en VA) ;
- l'intensité efficace consommée, phase par phase en triphasé ;
- la puissance souscrite (6, 9, 12, 15 kVA…) et l'intensité maximale associée ;
- les index de consommation par plage tarifaire (heures pleines, heures creuses, jours Tempo) ;
- la période tarifaire en cours, actualisée automatiquement ;
- la puissance injectée sur le réseau si vous produisez de l'électricité.
C'est cette dernière catégorie de données qui rend l'optimisation TIC Linky borne de recharge aussi efficace : votre borne sait à tout instant ce que consomme le reste de la maison, et adapte sa propre puissance en conséquence.
Pourquoi coupler TIC Linky et borne de recharge ?
Le problème : une borne de 7,4 kW sur un abonnement de 9 kVA
Prenons le cas le plus répandu en maison individuelle. Votre abonnement est de 9 kVA en monophasé, ce qui correspond à 45 A disponibles. Vous installez une borne de 7,4 kW, qui appelle 32 A à pleine puissance.
Il ne reste donc que 13 A, soit environ 3 kW, pour tout le reste du logement. Un four (2,5 kW), des plaques à induction (3 à 7 kW) et un chauffe-eau qui redémarre suffisent à dépasser le seuil. Le disjoncteur de branchement coupe l'alimentation, en pleine préparation du dîner.
La solution : le délestage dynamique
Reliée au TIC, la borne connaît la consommation globale en temps réel. Elle calcule la marge disponible sous le plafond de l'abonnement et ajuste son courant de charge en continu, par paliers de 1 A, entre 6 A minimum (1,4 kW, imposé par la norme IEC 61851) et 32 A maximum.
Quand la maison consomme beaucoup, la borne se met en retrait. Quand tout le monde dort, elle repasse à pleine puissance. Le véhicule finit sa charge, l'installation ne disjoncte jamais, et l'électronique de la borne fait le travail à votre place.
Le gain financier réel
Sans pilotage, l'électricien vous orientera vers deux compromis : brider la borne en permanence à 3,7 kW (ce qui double le temps de charge), ou augmenter votre puissance souscrite. Passer de 9 à 12 kVA coûte entre 40 et 90 € par an d'abonnement supplémentaire selon l'option tarifaire, soit 600 à 1 300 € sur quinze ans.
Le module TIC, facturé une seule fois, est donc rentabilisé en deux à quatre ans. Il évite en prime les frais d'intervention Enedis et, dans certains cas, une reprise du tableau électrique. Pour bien dimensionner votre besoin, vérifiez d'abord le temps de recharge réel selon la puissance de votre borne et votre kilométrage quotidien.
Mode historique ou mode standard : bien configurer son compteur
Le TIC fonctionne selon deux protocoles distincts. Le choix conditionne la richesse des données transmises et donc la finesse du pilotage.
Le mode historique
C'est le réglage par défaut sur la grande majorité des compteurs. Il transmet à 1200 bauds et reprend le format des anciens compteurs électroniques bleus, pour rester compatible avec les équipements existants.
Les champs utiles sont PAPP (puissance apparente), IINST (intensité instantanée) et ISOUSC (intensité souscrite). C'est suffisant pour un délestage monophasé classique, mais l'information est arrondie et ne distingue pas la production photovoltaïque.
Le mode standard
Émis à 9600 bauds, il fournit une trame beaucoup plus détaillée : puissance soutirée (SINSTS) et injectée (SINSTI) séparées, valeurs par phase, jusqu'à dix index tarifaires, messages du fournisseur et horodatage précis.
Ce mode est indispensable dans trois situations : installation triphasée, présence de panneaux solaires, ou contrat à tarification dynamique horaire. Le passage en mode standard est gratuit et se fait à distance : il suffit d'en faire la demande à votre fournisseur d'électricité, qui la transmet à Enedis. Comptez quelques jours de délai.
Attention toutefois : basculer en mode standard peut rendre inopérants d'anciens équipements branchés sur le TIC (gestionnaire d'énergie, ballon d'eau chaude piloté par un module tiers). Vérifiez leur compatibilité avant la bascule.
Installation, câblage et bornes compatibles
Le raccordement physique
Le câblage lui-même est simple : une paire torsadée de 0,75 à 1,5 mm² relie les bornes I1 et I2 du Linky au module de lecture. Le signal est de très basse tension et ne présente pas de danger, mais l'intervention se fait sous le capot du compteur, dans un environnement où le 230 V est présent : elle relève d'un professionnel.
La distance n'est généralement pas un obstacle : quelques dizaines de mètres passent sans difficulté, et jusqu'à 200 à 500 m avec une section adaptée. Le câble doit être posé sous gaine, séparé des conducteurs de puissance pour éviter les perturbations.
Les trois architectures possibles
- Lecture TIC directe : la borne ou son module de pilotage lit la trame Linky. C'est la solution la plus précise et la moins chère, à condition que la borne soit compatible.
- Compteur d'énergie MID : un compteur certifié est posé dans le tableau électrique, en aval du disjoncteur de branchement, et communique avec la borne en Modbus. C'est le principe du Power Boost de Wallbox ou des systèmes équivalents chez Hager et Schneider.
- Pinces ampèremétriques : des transformateurs de courant sont clipsés sur les câbles d'arrivée. Solution de repli quand le TIC est inaccessible ou déjà occupé, avec une précision moindre.
Compatibilité des bornes
Toutes les bornes ne savent pas exploiter le TIC nativement. Les gammes de Legrand, Hager et Schneider Electric proposent des modules de gestion d'énergie prévus pour, tandis que d'autres fabricants privilégient le compteur Modbus. Si vous hésitez entre plusieurs modèles, le comparatif Wallbox Pulsar Plus et Pulsar Max détaille les capacités de modulation de chaque version.
Dernier point non négociable : au-delà de 3,7 kW, l'installation d'une borne en résidentiel doit être réalisée par un électricien qualifié IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicule Électrique). Sans cette qualification, vous perdez le bénéfice du crédit d'impôt, de la TVA réduite, et votre assurance peut refuser sa garantie en cas de sinistre.
Prix, coûts d'installation et aides 2026
Le budget dépend surtout de l'architecture retenue et de la distance entre le compteur et l'emplacement de la borne.
| Solution | Matériel | Pose (IRVE) | Total TTC |
|---|---|---|---|
| Module TIC seul (borne déjà installée) | 90 – 250 € | 120 – 300 € | 210 – 550 € |
| Compteur d'énergie MID + Modbus | 130 – 320 € | 150 – 350 € | 280 – 670 € |
| Borne 7,4 kW monophasée avec pilotage dynamique | 700 – 1 300 € | 400 – 800 € | 1 100 – 2 100 € |
| Borne 11 kW triphasée + module TIC standard | 900 – 1 600 € | 500 – 1 000 € | 1 400 – 2 600 € |
| Passage de 9 à 12 kVA (alternative au délestage) | — | 0 – 1 200 € (Enedis) | +40 à 90 €/an |
Les aides mobilisables en 2026
- Crédit d'impôt borne de recharge : 75 % du montant des dépenses, plafonné à 500 € par système de charge pilotable, dans la limite de deux bornes par foyer. La condition de pilotage rend justement le module TIC éligible dans la facture globale.
- TVA à 5,5 % au lieu de 20 %, pour une pose par un professionnel IRVE dans un logement achevé depuis plus de deux ans. Sur une installation à 1 800 €, l'économie dépasse 200 €.
- Prime Advenir : réservée aux copropriétés, aux entreprises et aux flottes, elle ne concerne pas la maison individuelle. Les montants et conditions sont détaillés dans notre point sur le montant de l'aide Advenir en 2026.
- À noter : MaPrimeRénov' et l'éco-PTZ ne financent pas les bornes de recharge, qui ne sont pas classées comme travaux de rénovation énergétique du logement.
Le panorama complet des dispositifs, cumuls et plafonds figure dans notre dossier sur les aides à la borne de recharge en 2026.
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Aller plus loin : heures creuses, Tempo et autoconsommation
Le délestage n'est que le premier étage. Une fois la borne connectée au TIC, elle accède à la période tarifaire en cours, transmise par le compteur. Cela ouvre trois leviers d'économies supplémentaires.
Synchroniser la charge sur les heures creuses
Plutôt que de programmer une plage horaire figée dans l'application de la borne, celle-ci lit directement l'état heures creuses envoyé par le Linky. Aucun risque de décalage si votre fournisseur modifie les plages, ce qui arrive régulièrement depuis la refonte des horaires nationaux.
L'écart entre heures pleines et heures creuses tourne autour de 4 à 5 c€/kWh. Sur 12 000 km par an à 17 kWh/100 km, soit environ 2 000 kWh, le décalage systématique représente 80 à 100 € d'économie annuelle.
Exploiter les contrats à tarification variable
Avec l'option Tempo, le kWh en heures creuses bleues descend nettement sous le tarif de base, tandis que les 22 jours rouges affichent un prix très élevé. Le TIC en mode standard transmet la couleur du jour : la borne peut ainsi charger à fond en bleu et s'abstenir totalement en rouge.
Sur un usage de 2 000 kWh annuels dédiés à la recharge, un pilotage bien réglé sur Tempo permet d'économiser 150 à 250 € par rapport à un tarif de base, à condition d'accepter les contraintes des jours rouges.
Recharger avec son surplus photovoltaïque
C'est ici que le mode standard devient incontournable. Le champ SINSTI indique la puissance réellement réinjectée sur le réseau. La borne peut alors ne consommer que ce surplus, en modulant son intensité au fil des nuages.
Avec une installation de 3 kWc, vous récupérez ainsi entre 1 500 et 2 500 kWh par an à un coût marginal proche de zéro, au lieu de les revendre autour de 4 c€/kWh en surplus. L'articulation complète entre production solaire et recharge est détaillée dans notre guide sur la borne de recharge solaire.
Erreurs fréquentes et dépannage
Quelques écueils reviennent systématiquement sur les installations mal préparées.
- Le TIC est déjà occupé. Un seul équipement peut lire la sortie de manière fiable. Si un gestionnaire d'énergie ou un suivi de consommation y est déjà branché, il faut un répartiteur de trame ou une passerelle multi-clients.
- Trame absente après le raccordement. Dans neuf cas sur dix, la polarité I1/I2 est inversée ou le module attend le mauvais protocole. Vérifiez la vitesse configurée (1200 ou 9600 bauds) avant de suspecter le matériel.
- Délestage trop tardif. Le TIC rafraîchit toutes les 1 à 2 secondes, mais le disjoncteur de branchement tolère de brefs dépassements. Réglez une marge de sécurité de 5 à 10 % sous la puissance souscrite pour absorber les pics de démarrage.
- Compteur en local technique éloigné. En copropriété ou en habitat collectif, le Linky est souvent à des dizaines de mètres du parking. Le compteur d'énergie MID posé au départ de la ligne est alors plus simple à mettre en œuvre. Les configurations spécifiques aux immeubles et locaux professionnels sont traitées dans notre article sur la borne de recharge en entreprise.
- Absence de test de charge réel. Exigez de l'installateur une démonstration : lancez une charge, allumez four et plaques, et vérifiez que la borne redescend bien en intensité. C'est la seule preuve que le pilotage fonctionne.
Un dernier conseil : demandez à ce que le rapport de mise en service mentionne explicitement le mode TIC utilisé et la puissance souscrite paramétrée. Ces informations vous éviteront de repartir de zéro si vous changez de borne ou d'abonnement plus tard. Le même raisonnement s'applique si vous équipez un logement mis en location, comme l'explique notre guide sur la borne de recharge en location saisonnière.
Bien menée, l'optimisation TIC Linky borne de recharge transforme une installation subie en système intelligent : pas de disjonction, pas d'abonnement surdimensionné, et une recharge calée sur les heures les moins chères. Pour un chiffrage adapté à votre tableau électrique et à votre puissance souscrite, obtenez un chiffrage précis auprès d'installateurs IRVE certifiés.
Questions fréquentes
Le TIC du Linky est-il actif sur tous les compteurs ?
Oui, la sortie TIC est présente et active sur l'ensemble des compteurs Linky, par défaut en mode historique. Les bornes I1 et I2 se trouvent sous le capot amovible. Aucune démarche n'est nécessaire pour l'utiliser en mode historique ; seul le passage en mode standard, gratuit et réalisé à distance par Enedis, demande une demande auprès de votre fournisseur d'électricité.
Le délestage dynamique ralentit-il vraiment la recharge ?
Marginalement dans la pratique. La borne ne réduit son intensité que pendant les pics de consommation du logement, généralement une à deux heures en soirée. Le reste de la nuit, elle charge à pleine puissance. Sur une charge nocturne de huit heures à 7,4 kW, la perte réelle dépasse rarement 3 à 5 kWh, soit une vingtaine de kilomètres d'autonomie qui sont de toute façon récupérés avant le matin.
Vaut-il mieux installer un module TIC ou augmenter sa puissance souscrite ?
Le module TIC est presque toujours plus rentable. Il coûte 210 à 550 € posé, une seule fois, alors qu'un passage de 9 à 12 kVA alourdit l'abonnement de 40 à 90 € par an de façon permanente, soit 600 à 1 300 € sur quinze ans. L'augmentation de puissance ne se justifie que si le logement est déjà en limite de capacité indépendamment du véhicule électrique, par exemple avec un chauffage électrique intégral.