En bref : Pour une borne de recharge domestique équipée d'un détecteur de courant continu résiduel 6 mA intégré (cas de plus de 90 % des wallbox vendues en 2026), un disjoncteur différentiel 30 mA de type A dédié suffit et respecte la NF C 15-100. Le type F, vendu 100 à 160 € contre 45 à 80 € pour un type A, apporte une immunité renforcée aux courants de fuite haute fréquence générés par l'électronique de puissance : il divise par trois à cinq les déclenchements intempestifs sur les installations sensibles. Le type B (300 à 600 €) reste obligatoire uniquement si la borne n'intègre aucune détection DC.
Pourquoi la protection différentielle est le point critique d'une borne
Vous venez de commander un véhicule électrique et votre électricien vous parle de « différentiel type A », de « type F », parfois de « type B » avec un écart de prix qui va de 45 € à plus de 600 €. Difficile de savoir si l'on vous vend une sécurité indispensable ou une option superflue.
Le sujet mérite pourtant votre attention. Une borne de recharge n'est pas un radiateur : elle délivre 7,4 kW pendant 6 à 8 heures d'affilée, dans un garage ou en extérieur, souvent la nuit, sans personne pour surveiller. C'est le point de puisage le plus sollicité de la maison, et le seul où un câble est manipulé à main nue par temps humide.
Le risque n'est pas théorique. Le chargeur embarqué du véhicule redresse le courant alternatif du réseau en courant continu pour alimenter la batterie. En cas de défaut d'isolement côté véhicule, un courant de fuite continu peut remonter vers l'installation. Or un différentiel classique aveuglé par une composante continue se « sature » : son tore magnétique ne détecte plus rien, y compris un défaut alternatif dangereux. La protection existe encore physiquement dans le tableau, mais elle ne protège plus personne.
C'est exactement pour éviter ce scénario que la question du type de différentiel se pose. Elle n'est pas administrative : elle conditionne le fonctionnement réel de votre protection contre l'électrisation.
Type AC, A, F, B : ce qui les différencie réellement
Les dispositifs différentiels sont classés selon la forme d'onde du courant de fuite qu'ils savent détecter. Cette classification est normalisée (NF EN 61008/61009 et NF EN 62423) et figure sous forme de pictogramme sur la face avant de l'appareil.
Type AC : à exclure formellement
Il ne détecte que les courants de fuite purement alternatifs sinusoïdaux. Il est interdit en France dans les logements neufs depuis 2002 et n'a strictement rien à faire sur un circuit de recharge. Si votre tableau date d'avant 2000, il y a de fortes chances qu'il n'y ait que des types AC : leur remplacement fait partie du chantier.
Type A : le standard réglementaire
Il détecte les courants alternatifs et les courants pulsés redressés (composante continue jusqu'à 6 mA). C'est le minimum imposé par la NF C 15-100 pour un circuit de recharge de véhicule électrique. Il couvre parfaitement les défauts issus d'appareils à électronique simple : plaques à induction, lave-linge, variateurs basiques.
Type F : le type A renforcé pour l'électronique de puissance
Le type F est une évolution directe du type A, conçue à l'origine pour les circuits alimentant des variateurs de vitesse monophasés. Il apporte trois gains mesurables :
- Détection des courants composites à fréquence mixte jusqu'à 1 000 Hz, typiques des convertisseurs à découpage embarqués dans les véhicules ;
- Tolérance à une composante continue lisse de 10 mA sans perte de sensibilité, contre 6 mA pour un type A ;
- Tenue aux ondes de choc de 3 kA (8/20 µs) contre 0,5 kA pour un type A standard, soit une immunité nettement supérieure aux surtensions d'orage et aux transitoires de commutation.
Un type F peut toujours remplacer un type A. L'inverse n'est pas vrai.
Type B : la détection du courant continu lisse
Seul le type B détecte un courant de défaut continu pur (DC lisse), de 0 Hz jusqu'à 1 kHz et au-delà selon les modèles. Il est réservé aux bornes dépourvues de détecteur DC interne, aux chargeurs rapides en courant continu et à certaines installations tertiaires. Son coût élevé s'explique par l'électronique active qu'il embarque, laquelle nécessite une alimentation auxiliaire.
Disjoncteur différentiel type A ou type F pour borne de recharge : le choix concret
La réponse tient à une seule question : votre borne intègre-t-elle un module RDC-DD de détection du courant continu 6 mA ? Ce dispositif, imposé par la norme produit IEC 61851-1 pour la charge en mode 3, coupe l'alimentation dès qu'un courant continu résiduel de 6 mA est détecté côté véhicule. Il protège donc le différentiel amont de la saturation.
Trois cas de figure se présentent en pratique.
Cas 1 — Borne avec détection DC 6 mA intégrée. C'est la configuration de l'immense majorité des wallbox domestiques commercialisées en 2026 (Wallbox, Hager, Legrand, Schneider, Zaptec, Alfen, Easee…). Un différentiel 30 mA de type A dédié à la borne est conforme et suffisant. La mention figure sur la fiche technique sous la forme « DC leakage detection 6 mA » ou « RDC-DD intégré ».
Cas 2 — Borne avec détection DC intégrée, mais installation sensible. Le type F devient pertinent sans être obligatoire. Il se justifie quand vous cumulez plusieurs sources de fuites haute fréquence : maison équipée de panneaux photovoltaïques avec onduleur, pompe à chaleur à variation de vitesse, éclairage LED en grande quantité, ligne d'alimentation longue en souterrain. Ces courants de fuite capacitifs s'additionnent et font approcher le seuil de 15 mA à partir duquel un type A commence à déclencher sans défaut réel.
Cas 3 — Borne sans détection DC intégrée. Un différentiel de type B 30 mA est alors obligatoire. Aucun type F ne le remplace : le type F tolère 10 mA de continu lisse, il ne le détecte pas. C'est la confusion la plus coûteuse du domaine, et elle laisse l'installation non conforme.
En pratique, un installateur sérieux vérifie la fiche technique de la borne avant de choisir le calibre. Ce point figure d'ailleurs parmi les erreurs à éviter lors d'une installation de borne de recharge, au même titre que le partage de circuit avec l'éclairage du garage.
Le vrai argument du type F : les déclenchements intempestifs
Un différentiel qui saute à 3 heures du matin, c'est un véhicule non rechargé le lendemain matin. Sur le terrain, les retours d'installateurs convergent : quand une borne déclenche sans défaut identifiable et que le remplacement du type A par un type F règle le problème, la cause était un courant de fuite composite à fréquence élevée que le type A interprétait comme un défaut. Le surcoût de 60 à 80 € s'amortit dès la première intervention de dépannage évitée, facturée entre 90 et 150 €.
Ce qu'imposent la NF C 15-100 et la norme IEC 61851
L'amendement A5 de la NF C 15-100, entré en vigueur en 2015, encadre précisément les infrastructures de recharge de véhicules électriques (IRVE) dans les locaux d'habitation. Les obligations sont les suivantes :
- Un circuit dédié par point de charge, sans aucun autre appareil raccordé dessus ;
- Une protection différentielle 30 mA de type A minimum, propre à ce circuit et non mutualisée avec d'autres départs ;
- Une protection contre les surintensités adaptée (disjoncteur courbe C, calibre selon la puissance) ;
- Un socle de prise ou une borne conforme à la norme produit IEC 61851 ;
- Une liaison équipotentielle et une prise de terre dont la résistance ne dépasse pas 100 Ω.
Le terme « minimum » est essentiel : la norme fixe un plancher, pas un plafond. Installer un type F ou un type B est toujours conforme. Installer un type AC ou mutualiser le différentiel avec le circuit des prises du garage ne l'est pas, et cela suffit à faire refuser une attestation de conformité Consuel.
Interrupteur différentiel ou disjoncteur différentiel ?
Les deux solutions sont acceptées. Le disjoncteur différentiel réunit en un seul module la protection contre les défauts d'isolement et contre les surintensités ; il occupe 2 à 3 modules dans le tableau et coûte un peu plus cher. L'association interrupteur différentiel + disjoncteur divisionnaire revient souvent moins cher à l'achat mais consomme davantage de place. Sur un tableau saturé, le disjoncteur différentiel est généralement le meilleur compromis.
Sélectivité avec le disjoncteur de branchement
Le disjoncteur d'abonné Enedis est réglé à 500 mA en type S (temporisé). Un différentiel 30 mA instantané placé en aval déclenche donc avant lui : la sélectivité verticale est assurée nativement, sans réglage particulier. Si toute la maison saute lors d'un défaut sur la borne, c'est le signe d'un différentiel de tête inadapté ou d'un défaut de terre.
Prix, budget et coût d'installation en 2026
Voici les fourchettes constatées en 2026 sur le matériel de marque (Schneider, Hager, Legrand, ABB), hors pose. Les premiers prix asiatiques non certifiés NF sont à écarter : la marge d'économie ne justifie pas le risque sur un organe de sécurité.
| Type de différentiel | Courants détectés | Prix 2026 (30 mA / 40 A) | Usage recommandé pour la recharge |
|---|---|---|---|
| Type A | Alternatif + pulsé (DC ≤ 6 mA) | 45 à 80 € | Borne avec RDC-DD 6 mA intégré — conforme NF C 15-100 |
| Type F | Type A + composites jusqu'à 1 kHz, DC lisse toléré 10 mA | 100 à 160 € | Installations sensibles (PV, PAC, ligne longue), anti-déclenchement |
| Type B | Type F + courant continu lisse | 300 à 600 € | Borne sans détection DC, charge en courant continu, tertiaire |
| Type A « si » / HPI | Type A à immunité renforcée | 70 à 110 € | Insuffisant seul pour la HF : ne remplace pas un type F |
| Type A tétrapolaire (triphasé) | Alternatif + pulsé, 4 pôles | 90 à 170 € | Borne 11 ou 22 kW en triphasé |
Sur une installation complète, le différentiel pèse peu dans le budget total. Comptez pour une borne 7,4 kW posée à moins de 15 m du tableau : 600 à 1 300 € pour la borne, 250 à 500 € de main-d'œuvre, 100 à 300 € de câblage et protections, soit 1 100 à 2 000 € TTC en pose standard. Au-delà de 20 m de câble ou avec passage en tranchée, ajoutez 300 à 800 €.
Côté aides, la situation est simple à cadrer : MaPrimeRénov' et l'éco-PTZ ne financent pas les bornes de recharge, qui relèvent de la mobilité et non de la rénovation énergétique. En revanche, le crédit d'impôt pour système de charge pilotable couvre 75 % du montant TTC dans la limite de 500 € par système (jusqu'à 1 000 € pour un couple soumis à imposition commune, avec deux points de charge). La TVA réduite à 5,5 % s'applique dans les logements achevés depuis plus de deux ans, à condition que l'installateur fournisse le matériel. En copropriété et en entreprise, c'est le programme ADVENIR qui prend le relais, avec des taux allant de 30 à 50 % selon la configuration.
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Dimensionnement complet du circuit et erreurs fréquentes
Le différentiel ne se choisit pas isolément. Il fait partie d'un ensemble cohérent : section de câble, calibre du disjoncteur, longueur de ligne.
Les configurations types
- Borne 3,7 kW monophasé (16 A) : câble 2,5 mm², disjoncteur 20 A courbe C, différentiel 30 mA type A ou F, 2 pôles ;
- Borne 7,4 kW monophasé (32 A) : câble 6 mm², disjoncteur 40 A courbe C, différentiel 30 mA 40 A, 2 pôles — la configuration domestique la plus répandue ;
- Borne 11 kW triphasé (16 A) : câble 5G2,5 mm², disjoncteur 20 A courbe C, différentiel 30 mA tétrapolaire ;
- Borne 22 kW triphasé (32 A) : câble 5G6 mm², disjoncteur 40 A courbe C, différentiel 30 mA tétrapolaire 40 A.
Au-delà de 20 mètres de ligne, majorez la section d'un cran pour limiter la chute de tension sous 3 %. Un câble sous-dimensionné chauffe, vieillit prématurément et provoque à terme des défauts d'isolement… qui feront déclencher le différentiel.
Les cinq erreurs qui reviennent le plus souvent
- Raccorder la borne sur un différentiel existant partagé avec d'autres circuits : les fuites s'additionnent et le seuil de 30 mA est atteint sans défaut réel ;
- Poser un type A alors que la borne n'a aucune détection DC interne : installation non conforme et protection potentiellement inopérante ;
- Confondre immunité renforcée (« si », HPI) et type F ;
- Négliger la valeur de la prise de terre, mesurée avant réception ;
- Omettre le parafoudre en zone AQ2, obligatoire selon le département et le mode d'alimentation.
Ces points relèvent tous du savoir-faire de l'installateur. Au-delà de 3,7 kW, la pose doit impérativement être réalisée par un professionnel habilité IRVE : c'est une condition de conformité, mais aussi de prise en charge par votre assureur. Le sujet de la couverture de la borne par l'assurance habitation mérite d'ailleurs une vérification avant travaux, car une installation non conforme peut fonder un refus d'indemnisation en cas de sinistre. Pour choisir votre professionnel, la différence entre les certifications Qualifelec et AFNOR vous aidera à lire les qualifications affichées sur les devis.
Contrôler la protection dans la durée
Un dispositif différentiel est un organe mécanique : son mécanisme peut se gripper s'il n'est jamais manœuvré. Actionnez le bouton test une fois par mois — l'appareil doit couper instantanément. Un différentiel qui ne déclenche pas au test se remplace sans délai. Ce geste simple s'intègre naturellement dans l'entretien courant d'une borne de recharge, avec le contrôle visuel du câble et du connecteur.
Le choix entre un disjoncteur différentiel de type A ou de type F pour une borne de recharge se tranche donc sur des critères objectifs : détection DC intégrée à la borne, environnement électrique de la maison, historique de déclenchements. Le type A reste la référence réglementaire, le type F la sécurité de tranquillité, le type B la réponse à une absence de protection interne. Faites préciser ce point noir sur blanc dans votre devis : c'est le meilleur indicateur du sérieux technique de l'entreprise.
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Questions fréquentes
Un différentiel type F est-il obligatoire pour une borne de recharge ?
Non. La NF C 15-100 impose un différentiel 30 mA de type A minimum, dédié au circuit de recharge. Le type F est une option de confort qui améliore l'immunité aux courants de fuite haute fréquence et réduit fortement les déclenchements intempestifs. Il est recommandé sur les installations comportant des panneaux photovoltaïques, une pompe à chaleur à vitesse variable ou une ligne d'alimentation longue.
Comment savoir si ma borne intègre une détection DC 6 mA ?
Consultez la fiche technique du fabricant : la mention apparaît sous la forme « RDC-DD intégré », « DC leakage detection 6 mA » ou « détection de courant continu résiduel 6 mA ». Toutes les wallbox conformes à l'IEC 61851-1 vendues récemment en France en disposent. En l'absence de cette fonction, un différentiel de type B 30 mA devient obligatoire en amont.
Peut-on brancher la borne sur un différentiel existant du tableau ?
Non. La norme exige un circuit entièrement dédié, avec sa propre protection différentielle 30 mA. Mutualiser le différentiel avec d'autres départs cumule les courants de fuite naturels de chaque appareil et provoque des déclenchements sans défaut réel. Cette non-conformité fait aussi échouer le contrôle Consuel.
Quelle est la différence entre un type F et un type A à immunité renforcée ?
Ce sont deux choses distinctes. Un type A « si » ou HPI est simplement un type A moins sensible aux transitoires et aux perturbations, utilisé historiquement pour les congélateurs. Le type F, normalisé NF EN 62423, détecte en plus les courants de défaut composites jusqu'à 1 000 Hz et tolère 10 mA de continu lisse. Seul le type F répond aux contraintes de l'électronique de puissance d'un chargeur de véhicule.
Ma borne fait sauter le différentiel la nuit, que faire ?
Vérifiez d'abord que le circuit est bien dédié et mesurez la résistance de terre. Si le circuit est conforme, la cause la plus fréquente est un courant de fuite composite mal interprété par le type A : le remplacement par un type F 30 mA résout la majorité des cas, pour 100 à 160 € de matériel. Si le déclenchement persiste, faites contrôler l'isolement du câble et le chargeur embarqué du véhicule.